Mes précieuses prothèses ridicules

Il s’agit des «beaux gens», des gens de magazines, des cover-girls et de nos canons de beauté, de ceux à qui l’on souhaite secrètement ressembler…
L’absurde et le laid sont; tout en étant subjectif; parmi les combles de la beauté, ils mettent en avant ce que l’on n’aimerait pas voir, ce qui nous semble déplacé, inesthétique ou bien malsain. La maladie, le handicap font partie de ces sujets tabous, et leurs produits dérivés également. Les prothèses et orthèses de toutes sortes reflètent assez bien leurs qualités et utilités premières, réparatrices, prolongatrices de vie, réductrices de souffrances souvent physiques.
Mais la fascination que peut exercer la maladie et la mort nous met à un pas d’une autre utilité, d’un détournement de ce matériel médical, la beauté, la mode, ce qu’il faut avoir pour être beau ou belle, ce qu’il faut être aussi.
Le meilleur exemple de prothèse de beauté est le corsage des femmes au cours du temps, serré jusqu’au malaise pour avoir les hanches présentes et la taille fine, maintenue par des barres de bois ou de métal afin que la démarche soit digne. Les talons hauts, au même titre que les anneaux dorés des femmes girafes en font partie, mais la mode n’a pas encore poussé les femmes occidentales à porter des minerves pour être aux normes, pour être belles aux yeux du monde (ce n’est qu’une question de temps). Ces prothèses de beauté, ces accessoires pour la norme sont nombreux et varient selon les sociétés, les époques et le sexe de ceux qui les portent.
De lointains instincts poussent-il le beau sexe à de belles parures ?
C’est dans cette idée que je m’emplois à créer de «précieuses prothèses ridicules», modèles uniques, luxueuses et modernes tant par leurs formes que par les matériaux employés. Chacune d’entre elles est un accessoire de mode, ustensile de beauté, indispensable aux femmes du monde et aux goldens boys.
A la manière du corset ou des talons hauts, elles donnent donc l’allure, le mouvement. Elles forcent le corps vers une posture qui n’est pas forcement des plus naturelles, mais qui finalement pourrait être commune.

Par les peintures, c’est la chair que j’imagine et que je représente, avec des images de magazines ou autre qui me servent de modèle ou de base. Je peins les corps que l’on regarde, parce qu’ils nous attirent ou nous rebutent. La peinture est grasse, généreuse et cherche à donner deux temps de regard au spectateur.

J’admire le corps retouché et je me moque de lui.

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